Hypnose et métaphores : définition

par | Juil 5, 2018 | Hypnose Côté Pro, Hypnose Thérapeutique

Patrick Kelly

La métaphore, du grec μεταφορά (metaphora, au sens propre, transport), est une figure de style fondée sur l’analogie et/ou la substitution. C’est un type particulier d’image sans outil de comparaison qui associe un terme à un autre appartenant à un champ lexical différent afin de traduire une pensée plus riche et plus complexe que celle qu’exprime un vocabulaire descriptif concret.

Mon apprentissage de l’hypnose m’a sensibilisé à plusieurs « niveaux » de métaphores : Tout d’abord l’histoire métaphorique utilisée comme moyen pour soigner le patient, puis à un niveau plus subtil la nature métaphorique du langage, et enfin la séance d’hypnose prise elle-même comme métaphore de la possibilité du changement.

L’histoire métaphorique

Les histoires métaphoriques à visée thérapeutique sont passionnantes. Dans toutes les cultures, l’histoire mythique, les paraboles, les contes, sont omniprésents. Longtemps, ceux qui les racontaient étaient considérés comme des sages, des guérisseurs ou des sorciers – ainsi des griots dans les cultures africaines. Le jeune enfant, comme l’adulte « primitif » (au sens où celui-ci n’a pas encore été imprégné d’une culture moderne dans laquelle il croit que la pensée rationnelle peut tout expliquer) sont très sensibles à ces histoires. Les raconteurs, faiseurs d’histoires occupent encore une place de choix dans les cultures ancestrales. Il semble que celles-ci en constituant des instruments de compréhension du réel et permettent un apprentissage émotionnel et social. Les notions fondamentales de ce qui est bien ou de ce qui est mal dans telle ou telle société y sont omniprésentes et donc de partager un système de valeur commun.

Ces histoires ont pu avoir un impact fantastique sur le cours de l’humanité et je pense ici à la Bible, aux paraboles de Jésus-Christ, aux histoires taoïstes où bouddhiste etc.

La puissance potentielle des histoires n’est donc pas à démontrer. Dans le domaine du soin, je crois qu’elles peuvent être très bénéfiques à une certaine catégorie de patients notamment les personnes telles que les enfants ou les adultes sensibles appréciant déjà la littérature un peu fantastiques telle que celle des contes, les histoires magiques, ou mythologiques…

Leur usage me semble plus délicat avec les personnes un peu trop rationnelles (et je me plais à imaginer un polytechnicien écoutant en état d’hypnose des métaphores dites « naïves » et en train de se dire « mais quand est-ce que vont s’arrêter toutes ces salades bon sang ! »). Avec ce type de patient, il faut donc ruser et plutôt se lancer dans des anecdotes personnelles et surprenantes, semblables à son expérience.

J’ai éprouvé une agréable surprise lorsque j’ai compris la puissance de ces métaphores iso morphiques prenant en compte l’ensemble de la problématique du patient sous une forme « déguisée » et se terminant par une résolution suggérée. A un bon ami qui n’arrivait pas à gérer son budget et se retrouvait régulièrement à découvert avec son compte bloqué malgré des revenus conséquents, je me souviens avoir raconté récemment, en ayant l’air extrêmement contrit que : « j’étais tombé en panne sur l’autoroute la veille car je ne regardais pas tellement la jauge de ma voiture. Je croyais toujours que j’aurais le temps pour faire le plein. En plus certaines jauges peuvent induire une erreur…

Et donc j’attendais une fois de plus le dernier moment en me disant quand même « fais le plein ». Résultat : je suis tombé en panne à 7 km de la station service et ai du garer ma voiture sur la bande d’arrêt d’urgence !! Puis faire les 7 km à pied avec le stress de laisser le véhicule seul et tout et tout… Enfin arrivé à la pompe je me suis aperçu que j’avais laissé mon portefeuille dans la voiture Arghhh … mais le pompiste m’a quand même donné un petit bidon d’essence d’un litre pour que je puisse rejoindre la pompe et payer – il n’a pas pris trop de risque l’enfxxxx , pourtant j’allais pas me barrer !

Je suis donc revenu sous le soleil crevé et contrarié et comme je n’avais pas d’entonnoir j’ai versé une partie de l’essence dans le réservoir et l’autre partie est tombée à coté, partie en fumée. J’ai réussi à redémarrer mais je peux t’assurer que pendant les 7 km j’étais encore bien stressé, car je ne savais pas si j’avais mis assez d’essence pour atteindre la pompe etc…Maintenant, je peux te garantir que je mets ce qu’il faut régulièrement ». Nicolas avait les yeux écarquillés en entendant cette histoire. Il rigolait que cela me soit arrivé mais je sentais bien qu’il se passait aussi quelque chose à un « autre niveau » de lui. J’ai terminé l’histoire en disant que dorénavant je garderai toujours un bidon de sécurité dans la voiture et que « je regarde plus souvent le niveau car au bout du compte c’est plus cool». Je me surprends aujourd’hui à raconter de plus en plus des histoires plutôt que d’aborder frontalement les problématiques. Et l’effet escompté se produit beaucoup plus facilement !

Enfin l’exercice d’écriture qui nous a été demandé en formation avancée de construire une métaphore adaptée à notre partenaire et intégrant une structure PNL prédéfinie m’a paru beaucoup plus qu’un simple exercice de style. Il m’a permis de comprendre que ce qui était visé dans tout cela, c’était la mise en place, la construction, de séquences émotionnelles résolutoires, permettant au patient de faire un lien entre des émotions éprouvées dans ses problèmes et des émotions positives propres à la résolution, à la guérison, à l’optimisme etc. Du fait de la faiblesse des constructions émotionnelles par la pensée rationnelle seule, il semble que l’utilisation des métaphores isomorphiques en état de « plasticité émotionnelle » telle que l’EMC soit un moyen élégant de « terminer » des séquences émotionnelles problématiques en y ajoutant une cautérisation émotionnelle satisfaisante. Il s’agit ici de colmater des brèches. Cette terminaison propre de « séquence de vie », étanche, permet ensuite au patient de garder son énergie et ne plus la dissiper en routines, ruminations, mal-être diffus.

La découverte de structures récurrentes et utiles a donc été l’une des révélations majeures de ma formation. J’ai lu peu après Morphologie du Conte de Vladimir Propp un court ouvrage de référence bien connu par les linguistes et ethnologues. Une référence pour les travaux sur le structuralisme introduit en France par Claude Levi-Strauss. L’auteur montre à travers un corpus de plus d’une centaine de contes populaires russes que la structure inhérente à ces contes est très similaire. Il y a extrêmement peu de variantes sur la forme (morphologie) du conte mais beaucoup de variantes concernant le « contenant », ainsi du cadre naturel ou géographique de l’histoire, des personnages, des objets, des détails etc. Le parallèle entre l’analyse structurale du conte et les structures PNL thérapeutiques m’ont paru saisissantes. Aujourd’hui, je comprends mieux, que la visée essentielle des contes, des comédies et tragédies grecques antiques, des histoires en mythologie, et des paraboles religieuses, furent une double vocation éducative et thérapeutique.

La nature métaphorique du langage

On dit que l’inconscient comprend un langage simple et imagé, qui ne fasse pas appel aux capacités d’analyse tant il est déjà intégré. C’est un langage, littéral comme celui d’un enfant de six ans etc. Effectivement comme déjà évoqué à la lettre L (comme Langage), les mots, constructions de phrases utilisées durant la transe doivent être relativement simples et intelligibles par le patient. Leur réception ne doit pas provoquer l’effort ; les images et tout ce qui peut faire appel simplement aux sens est le bienvenu.

Il n’empêche que ces considérations m’ont quand même amené à me poser des questions plus profondes sur la nature même du langage et sa caractéristique métaphorique propre. Lorsque nous parlons du temps de façon courante, les phrases employées utilisent l’espace : ainsi dirons nous « j’ai du temps devant moi », « c’est du passé, laissons cela derrière nous ». La représentation spatiale du temps est utilisée judicieusement dans les futurisations (lignes du temps). De même lorsqu’il est dit « mon moral est au plus haut » ou « je suis au fond du trou » ; il est encore question de spatialisation. Les adjectifs « grands » et « petits » sont associés de façon qualitative à un grand nombre de mots qui n’ont eux même rien à voir avec l’espace. Lorsque l’on invoque le mot « métaphore », on voit ordinairement un usage particulier, « figuratif » du langage, propre à la poésie par exemple. Mais même si nous n’en avons pas conscience, notre façon de parler toute entière est déjà en elle-même déjà métaphorique. Il y a des aspects fondamentaux de notre expérience dont nous ne pouvons parler que de façon métaphorique parce que les concepts au moyen desquels nous abordons ces aspects sont en eux même métaphoriques, procèdent par analogie. Notre compréhension du monde et donc nos limites inscrites dans le cadre imagé du langage.

Un excellent ouvrage américain « Metaphors we live by » de George Lakoff et Mark Johnson, chercheurs à l’université de Chicago, montre par exemple qu’en Occident, notre conception de la « discussion » correspond à celle du « combat ».

Les termes employés sont saisissants : « Vos affirmations sont indéfendables. Il a attaqué chaque point faible de mon argumentation. Ses objections visaient droit au but. J’ai démoli son argumentation. Je n’ai jamais gagné sur un point avec lui. Tu n’es pas d’accord ? Alors défend toi ! Si tu utilises cette stratégie, alors… J’ai sapé son raisonnement etc.

Ici l’exemple est fort mais de nombreux autres beaucoup plus subtils et indétectables existent. Et donc, notre carte du monde même, avec un langage apparemment simple, est déjà bien façonnée. Ce qui veut dire que le langage constitue aussi à nos dépends une limite dans le changement possible.

Si la conception métaphorique de la discussion était basée sur la danse, le monde serait peut être différent…

Orwell dans 1984 avait déjà montré en son temps, l’enjeu politique de la langue utilisée comme moyen de conditionnement des esprits (la novlangue). Si une véritable révolution doit advenir un jour, elle ne pourra faire l’économie d’un travail sur les racines du langage lui-même.

Ce point, bien qu’apparemment éloigné de l’hypnose me semble important dans la compréhension de ce qui peut limiter le changement. Le Méta-modèle tente, lors de l’anamnèse de « démonter » certains de ces mécanismes, les plus évidents, mais ne peut se frotter néanmoins aux fondations mêmes du langage.

La séance d’hypnose, métaphore du changement

Lors d’une séance le patient va vivre une expérience qui en elle-même est, dans la majorité des cas, ressentie les premières fois, comme extrêmement inhabituelle. Ce qui va s’y passer, des phénomènes tels que « le corps qui s’exprime seul », l’abandon du contrôle conscient, le mode de communication particulier, la réactivation de certains sens, etc. vont constituer une expérience hors du commun. Dans la mesure où habilement, le thérapeute fera un parallèle imagé entre ce qui se passe lors de la transe et la problématique du patient, on peut considérer qu’il y a une utilisation métaphorique des phénomènes (ainsi un bras qui monte peut signifier la légèreté retrouvée) et que la séance entière peut être interprétée métaphoriquement comme « quelque chose qui prouve le changement ».

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