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Il n’y a rien de plus inutile que de faire avec efficacité quelque chose qui ne doit pas du tout être fait – Peter Drucker.

Réflexions

L’hypothèse de base en thérapie brève est que la réalité que nous percevons et à laquelle nous réagissons est construite par chacun en fonction de ses points de vue, de ses croyances, de ses instruments de perception… Il n’existe donc pas de réalité « vraie » commune mais autant de réalités possibles qu’il y a d’interactions différentes possibles entre sujet et réalité, comme le dit Paul Watzlawick. En d’autres mots chacun construit la réalité qu’ensuite il subit (on appelle cette conception, le constructivisme). La différence entre quelqu’un dit « malade » et quelqu’un dit « en bonne santé » se fera sur le critère d’adaptation au monde qui l’entoure, à la qualité de ses relations aux autres et à lui-même. Partant de ce postulat, la logique de la thérapie brève consiste pour le praticien à repérer ce qui pose problème au patient et en élaborant une stratégie appropriée à conduire en un temps court (en moins d’une dizaine de séances) celui-ci, au moyen de stratagèmes et de suggestions raffinées, à trouver des perceptions alternatives de sa réalité.

La thérapie brève ne vise pas seulement l’atteinte d’un but stratégique, la réalisation de l’objectif prédéfini, mais l’efficience, c’est-à-dire l’atteinte de l’objectif au coût minimal – le plus rapidement possible.

Lorsque j’ai abordé le domaine des psychothérapies, je me suis intéressé à leur description,à leur technique et à leur résultats bien qu’ils puissent être difficilement quantifiables. J’ai été très surpris lorsque j’ai appris que beaucoup de personnes passaient parfois plus de dix ans en thérapie notamment en psychanalyse. Ce constat de durée me parait être à lui seul porteur d’interrogation. De l’aveu même de certains patients rencontrés et qui ont suivi une thérapie « classique », celle-ci leur a apporté dans la durée un mieux-être, mais n’a pas résolu leur problématique de fond. Dans l’esprit de la psychanalyse, le thérapeute doit se faire le plus discret possible pour éviter toute suggestion et « attendre » que le patient évolue, change, notamment lors de la survenance du phénomène dit de transfert.

L’esprit des thérapies brèves m’a immédiatement séduit, à la fois par la rigueur de son cadre théorique (sources de l’école de Palo Alto, apports de d’Erickson et écrits de Paul Watzlawick) et l’efficacité pratique démontrée des méthodes courtes conduisant au changement par des procédés tels que les recadrages, les paradoxes ou les chocs (provocation, évènement inattendu etc…). Malheureusement pour le patient, le bon sens et la logique ne lui sont parfois d’aucune utilité et le conduisent droit à l’échec, alors qu’un comportement « à priori » illogique et déraisonnable – moins de la même chose (moins de tentative de solution), ou amplifier volontairement le symptôme (appropriation) – peut être la solution. Conjugué avec l’état de malléabilité émotionnelle induit par la transe, les techniques utilisées en thérapie brève me semblent donc extrêmement fécondes.

J’ai tenté avec quelques succès des prescriptions de taches paradoxales à des personnes qui ne se mettaient pas au travail pour rechercher un emploi, qui avaient du mal à dormir, ou se grattaient mécaniquement le visage. J’ai mis de la surprise dans ma façon de demander les choses et dans le caractère formel de ce qui était contractualisé par écrit ;

Par exemple :

« Je sous-signé JMA
M’engage à rester assis à mon bureau le mardi et le jeudi matin de 09 :00 à 11 :00 et à ne surtout effectuer aucune tache de recherche d’emploi pendant cette durée.
Signature : xxxx »

Ou pour reprendre un classique d’Erickson :
« Je sous-signé FM
Doit lire à partir de 11 :00 du soir et m’interdit de dormir avant trois heures du matin à une personne souffrant d’insomnie.
Signature : xxxx »

Le coté « volontaire », stratégique, c’est-à-dire préparé, avec un objectif en ligne de mire, de la thérapie brève qui accepte clairement la manipulation pendant une courte durée (et avec une intention positive) afin de rendre rapidement sa liberté au patient me parait beaucoup plus éthique (voir la lettre E comme Ethique) qu’une thérapie sans fin, maintenant sous dépendance psychologique et financière le patient durant de nombreuses années. De plus, dire que l’on peut éviter l’influence dans un cadre thérapeutique est une hypocrisie notoire car dans toute l’attitude, les silences, les relances de type « vous disiez ? », l’attente croyante liée au cadre thérapeutique conceptuel d’appartenance du thérapeute, ses croyances, etc. influence très fortement le patient. Partant de ce postulat, autant chercher l’efficience c’est-à-dire l’efficacité au moindre coût en assumant la manipulation.

La limitation à quelques semaines ou à 6 séances me parait être une bonne approche, la difficulté essentielle pour le thérapeute (et celle que j’éprouve) me parait être de rester au cours du temps et au fur et à mesure du développement de la connaissance du patient, dans l’état mental de la 1ere séance ou tout est possible. Rester dans la croyance que tout peut se jouer très rapidement – qu’une « clef » peut être trouvée pour débloquer le système , provoquer un “déclic” – ,est essentiel. L’autre difficulté, pour le thérapeute, plus matérielle celle-ci (mais qui me concerne moins car je ne fais pas de ma pratique thérapeutique une source de revenu) est de gérer un turn-over important de clients et donc d’être « suffisamment bon pour que le bouche-à-oreille produise ses effets ou suffisamment commercial afin de remplir son carnet de prospection» et ainsi générer un certain niveau de revenu

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